Quelles émotions ?
- Je m'en veux, je n'en finis pas de m'en vouloir terriblement et de me rabaisser en permanence, dans mon cinéma intérieur
- Je suis mon pire ennemi, dans ces configurations.
- Je m'en veux de m'être trompée.
- J'ai l'impression de m'être trompée.
- Je suis déçue.
- Je ressens un manque de confiance ou de considération.
- Le manque de considération me touche et me renvoie à la petite fille que j'étais. Me renvoie à un besoin élevé d'attention et de considération.
- J'ai peur de ne pas être à la hauteur. Le manque de considération implique que je ne sois pas à la hauteur.
- J'ai peur de décevoir mes parents, mon père, ma mère. Je n'arrive pas à me libérer de cette peur de les décevoir.
- J'ai peur de ne pas être aimée si je les déçois. Je sais que je ne serais pas aimée si je les déçois. Je crois que je ne serais pas aimée si je les déçois. Je n'ai aucun témoignage d'amour autre que l'approbation parce que je suis considérée, à la hauteur, en situation de réussite.
Notes déposées le 25 mars 2025.
Mai 2026.
Depuis bientôt 20 mois (c’est que je les compte !), je suis à Menegroth, Fort Meade, Maryland. J'ai un temps cru que c'était Rivendell : mais ce sont les milles cavernes.
Cet endroit est épouvantable, particulièrement le lundi lorsqu'il me faut quitter mon domicile pour m'y rendre, reprendre mon charroi d'inconforts et de couleuvres, sans savoir précisément quand le chemin s'éclairera.
Il y a des clairières reposantes, néanmoins ; mais la plupart du temps j'erre dans la boue, démunie et incertaine. Mes armes ont été happées par la fange visqueuse dans laquelle j'évolue. Jamais chemin n'a été aussi éprouvant à parcourir - encore que les biais psychologiques de récence et de « rétrospective de la vie en rose » jouent certainement un rôle non négligeable dans cette perception de mon quotidien. Et rares ont été, en réalité, les configurations dans lesquelles j'ai su, ici et maintenant, apprécier avec objectivité ce que je traversais.
Le titre de cette note est ancien : "le rêve des elfes", ou encore le cauchemar. Fort Meade est, de fait, un véritable cauchemar - sans que je n'arrive avec précision à en caractériser les raisons. Jusqu'où est-ce de mon fait ? Jusqu'où ne suis-je que le jouet d'une organisation dysfonctionnelle ? Je ne le sais pas vraiment - et j'en suis arrivée à arrêter de me questionner.
Est-ce que je regrette Langley, le ranch et les cow-boys ? Profondément bien sûr. Quitter Lucky Luke était une grosse bêtise, je ne sais toujours pas très bien quelle mouche m'a piquée. J'étais fatiguée - oui bien sûr, mais cet argument ne tient raisonnablement pas. Aujourd'hui, recluse auprès d'elfes consanguins et rigides, j'étouffe et les grandes plaines me manquent.
Elle est là devant ta maison, comme une amie, Et pendant la verte saison, toute fleurie, Elle fuit jusqu’à l’horizon D’une fuite infinie.
Idril et Beleg, auprès desquels j'exerce au quotidien, sont agréables - à leur façon elfique, avec raideur, distance et maladresse. Thingol gouverne avec habileté, finesse et même une certaine arrogance contenue. Fëanor est certainement le personnage le plus intéressant du lot. Jusqu'à quand restera-t-il ?
Ces jours derniers, j'ai traîné mes basques au sein du M. - repère d'Hommes et de Pèlerins. Parfois les deux en même temps. Simplicité, authenticité, la vie dans une forêt que l'humain instrumente à son service, transforme et aménage. Les elfes m'épuisent par leurs immobilismes, leurs diversités et leurs agoras. Il n'est pas une semaine sans que je ne me dise que je vais les quitter, qu'il faut que je les quitte - et d'ailleurs que je vais m'engager dans une démarche de départ. J'attends novembre, parce que cela fait sens. Il faut que j'attende encore 18 mois, en réalité, mais cette obligation m'insupporte.
Et si j'habitais cette fuite ? C'est ma bonne résolution depuis le début de l'année civile. Je tâche de le vivre de l'intérieur, avec distance et recul, en accueillant frustrations et doutes comme de familiers compagnons de route.
C’est la route des paladins, route guerrière, Elle a vu la marche des Saints, vers la Lumière, Et leurs pas sont encore empreints Dans sa vieille poussière.
Ces jours-ci, dans la forêt des Hommes, j'ai retrouvé l'image du héros sombre, taiseux et excessif, imprégné de drames antérieurs mal digérés, empêtré d’émotions intériorisées, pétri du sens de la terre et de la famille - tout en portant des contradictions intenses et absolues. Ces guerriers des temps modernes, trop grands pour une vie ordinaire, portent leur inadaptation en bandoulière. Je ne suis pas étonnée, somme toute, de les retrouver, quinquagénaires burinés, dans les sous-bois rafistolés du M.
Est-ce qu'ils m'émeuvent ? Dame - oui ! Je n'en finis pas d'être touchée. A chaque fois que j'en croise un - en chair, en ombre ou en rêve, mon cœur se serre et l'appel de quelque chose de plus grand que moi se fait plus fort, teinté d'un mélancolie irrépressible.
En y songeant, ici et maintenant, assise à cette table, dans cette instance elfique asséchante, le vent des landes m'habite - et me ressource. Est-ce qu'il fait de même pour les guerriers d'aujourd'hui ? Je sais que je ressors toujours énergisée de cette tension spirituelle. Je me réjouis d'avoir trouvé le temps de l'écrire.
Si ton cœur parfois s’est ému pour de grands rêves, Si tu veux les fières vertus qui nous soulèvent, Bien loin des sentiers rebattus Suis la route sans trêve.
L'instance est terminée. Me revoici dans mon bureau, un peu vide, un peu tâtonnante. Le cœur bleu et la bouche pleine du sucre acide des bonbons qui me portent ces temps-ci.
Une requête auprès de chatgpt me fait sourire, je l'ai fait disserter sur les différences entre Renny Whiteoak de la série Jalna et le héros byronien. Elle me renvoie à mes contradictions : de la passion destructrice au sens du clan, de la mélancolie aux responsabilités familiales, de la solitude au besoin de permanence, de l'intensité romantique aux choses comme elles doivent être.
J'ai souvent, sur ce blog vieillissant, maudit et mal codé, parlé de chemin. De carrefour, de pistes et de fossé. De Vérité et de Vie, aussi. Samedi soir, j'étais mécontente d'avoir assisté à ce que j'ai reçu comme un cérémonial grégaire, occulte, énigmatique. Je m'en suis sentie "en dehors", tout en étant parfaitement consciente que je suis la plupart du temps "en dehors de tout" - par choix personnel et par orgueil essentiellement.
Et que c'est un peu stupide.
Probablement que la route est la meilleure école d'humilité. C'est simple - plus j'avance, et plus je me sens petite, démunie et incertaine.
Tu sauras les secrets nombreux de cette route, Les calvaires dressés aux cieux, sous la grand voûte, Tu seras pour l’amour de Dieu Chaque jour aux écoutes.
OG nous a quittés, après un chemin de ronces et d'épines, samedi dernier. J'ai pleuré, le cœur déchiré. Parce qu'il était formidable, grand et inspirant, et parce que je pense - peut-être à tort ? - qu'il ne s'est jamais vu comme moi, je le percevais. Sa part fut amère et visqueuse - et pourtant il a relevé les défis avec une grande élégance. Il était beau, raffiné et puissant. Il a assumé ses chemins de traverse, ses lumières et ses ombres.
C'était un grand guerrier.
Quand la nuit aura dans les bois fait le silence, Tu t’endormiras sans émoi, plein d’espérance, Et la voix du Seigneur en toi Sera ta récompense.
Ohé ?